• Démembrement de Dieu

    Le mythe le plus commun est celui du démembrement de "Dieu", qu'il soit féminin ou masculin, par ses enfants ou frères, pour signifier le passage d'une divinité "ancienne", saturnienne, à une divinité jeune, jovienne. Divinité qui n'est pas tuée, mais juste démembrée, elle vit encore.

    Démembrement de Dieu

    Les mythes maternels :

    Chez les sumériens, Tiamat est "Dieu", c'est la mère. Elle couche avec l'un de ses enfants, Kingu. Marduk, fils dégouté, tue son frère et coupe sa mère en morceaux. Avec chacun de ceux ci, il va former les constellations traversées par le Soleil (Tiamat est toujours en vie) : Bélier avec le cerveau, taureau avec les yeux, nez et bouche, gémeaux avec la gorge et les poumons, cancer avec la poitrine (là ou il a planté le couteau pour l'acte de démembrement, lieu ou est la constellation de l'hydre femelle Tiamat), lion avec son coeur, vierge avec ses intestins, balance avec ses ovaires, scorpion avec son sexe, sagittaire avec son urine et le liquide vaginal (la voie lactée), capricorne avec ses os, verseau avec ses genoux, poissons avec ses pieds. Chaque personne qui nait est donc comparée avec sa "localisation" dans le corps de notre mère à tous Tiamat, par sa Lune et son Soleil de naissance.

    Chez les nordiques, la vache divine Ymir enfante d'Odin, Vili et Vé, qui deviennent les dieux que l'on connait en démembrant leur mère. Comme chez Sumer, ils conçoivent à partir des parties de son corps, mais pas des étoiles : la Terre de son crane, les arbres de ses cheveux, les pierres de ses os, etc. Ce passage est comme toujours celui de monstres ignobles à celui de dieux antropomorphes, mais il n'est jamais expliqué comment des monstres ont pu avoir des enfants à l'aspect humain. Les choses sont toujours simples : parents et créateurs = vieux, mauvais, monstres; enfants et créatures = jeunes, bons, humains, ce qui pousse au principe dit de Frankenstein : la créature démembre son créateur.

    Les mythes paternels :

    Chez les aztèques, chaque création d'un monde doit s'associer au sacrifice d'un des dieux, devenant alors "Dieu" de cette création. Les 4 premiers Soleils, issus des 4 premiers sacrifices, ont tous conduit à la destruction. Le sacrifice du 5ème Soleil, le notre, ne se déroule pas à Teotihuacan comme de coutume : ce ne sont pas un mais deux dieux qui se jettent dans le feu, l'un devient le Soleil, mais l'autre la Lune. Leur rivalité est telle qu'il faut sacrifier un autre dieu, et c'est le "monstre" Tlaltecuhtli qui est sacrifié pour satisfaire le nouveau Soleil. Ici, le changement est majeur : pas d'histoire d'enfant qui tue ses parents; pas de trahison, mais une création voulue par le dieu se sacrifiant. Chez les aztèques, le sacrifice était positif, pensé comme méthode pour rejoindre les cieux (c'était l'équipe gagnante à l'équivalent du football qui allait au sacrifice, pas la perdante).

    Chez les grecs, on a le classique : Le ciel Ouranos et la Terre Gaia ont des fils, les Titans. Un monstre engendre des monstres. Un des fils, Cronos, va trancher le sexe de son père Ouranos, pour prendre le pouvoir (le sexe tombé dans la mer engendrera Aphrodite). Lui meme sera chassé dans les profondeurs par ses fils, avec à leur tete Zeus. On a ici, comme chez les aztèques, un passage de témoin cyclique, générationnel, chaque génération de dieux étant remplacée par la suivante. Ouranos n'est pas tué, il perd simplement ce qui fait sa force, comme Cronos n'est pas tué (il est juste vieux et se faire voler son caducée par Hermès). On a ici le début d'un nouvel aspect : les dieux chassés, tapis dans l'ombre, attendent leur revanche à la fin des temps, quand les etres du Tartare seront libérés.

    Le mythe grec de Dyonisos, démembré par les Titans mais dont le corps a été reconstitué, pour renaitre, d'ou son nom "deux fois né", se rapproche de ce que nous avons vu, néanmoins on la connait surtout en sa version thrace, qui a donné la religion orphique (pour Orphée, celui qui va aux enfers et y revient, sous entendu ce qui a été plongé au Tartare peut revenir sur Terre) dérivée de celui du Dyonisos originel, devenant Zagreus quand il est reconstruit et renait. Orphée est celui qui a accompli le vitriol, il a été visiter l'intérieur de la Terre, il revient pour initier les vivants aux secrets des morts. On a ici le début des sectes d'initiation (voir les Mystères dyonisiaques, comme ceux de la villa des Mystères à Pompéi).

    Chez les romains, la version grecque est légérement modifiée : Cronos appelé Saturne est jeté dans l'Etna, sans perdre son sexe, et un jour, au gré d'une grande éruption, sera libéré de sa prison. Il attend son heure, figurant ainsi la nature temporaire de l'astre et du pouvoir pris par le fils Jupiter (Zeus chez les grecs). N'oubliez pas que chez les grecs, Zeus sait qu'un fils doit le tuer, aussi empeche t il continuellement la naissance de ceux ci grace à des aides comme celles de voyants, exemple Prométhée. Le mythe est clair, il n'empechera pas sa chute. Les romains fetaient ainsi les saturnales, ce moment ou Saturne reviendra et l'ordre du monde sera inversé : pendant 3 jours, chaque année, les esclaves de la ville devenaient maitres, et les maitres étaient esclaves. Nul ne peut vaincre les cycles, pas meme Jupiter.

    Chez les hindous, le père créateur des dieux et démons est Prajapati, lui aussi démembré pour former le cosmos, les 5 directions de l'espace. Comme Tiamat, il a commis l'inceste, avec sa fille Usas (l'aurore), ce qui l'a condamné aux yeux de ses fils. On a un énième plagiat conscient ou non du mythe originel.

    Chez les égyptiens, il y a aussi inceste, entre Nout (la mère céleste) et Geb (le fils terrestre), mais aucune condamnation ni meurtre par leurs enfants qui n'auraient pas du naitre. Les enfants prennent le pouvoir divin sans coup d'état. Ce qui n'empeche pas les enfants de lutter pour le pouvoir. Ainsi Osiris est piégé par son frère Seth, qui le coupe en morceaux. Isis retrouvera tous les morceaux d'Osiris sauf son sexe, mangé par un poisson, et lui redonnera vie. C'est donc par immaculée conception (pas d'acte sexuel puisque son mari/frère n'a plus de sexe, elle reve qu'elle est enceinte et tombe enceinte) qu'elle enfantera Horus, celui qui deviendra l'équivalent de "Dieu" en tant que premier pharaon. Il chasse Seth qui promet de revenir. Là on a un mélange de tout ce qu'on a vu plus tot : le père Osiris est bien remplacé par son fils, tout comme l'Horus originel devient "l'ancien", mais c'est naturel, par ses actes, et la filiation à Saturne est ici partagée entre Horus l'ancien, Osiris et Seth, Horus le jeune ayant tout de Jupiter.

    Chez les chrétiens, pas de démembrement de "Dieu". Mais le texte est pétri d'évolutions grecques et surtout romaines, car Jésus annonce une saturnales, le fameux renversement dans lequel "les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers", évènement accompagné d'un apocalypse, dans le sens d'enlèvement du voile cachant une vérité, ce qui le rapproche de tous les rites de Mystères existant alors : dans les Mystères dyonisiaques, la candidate enlève le voile cachant le sexe du Dieu, est initiée par un viol; dans les Mystères d'Isis, le candidat enlève le voile et voit la déesse nue, devient son amant, et enfin dans les Mystères d'Eleusis, le candidat doit se trancher le sexe, prouvant ainsi sa dévotion (le concept de pretre sera repris de cela, pour le célibat, mais ils ne se le tranchent plus).

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